Consultation : tarification dynamique 

Source: Creative  commons

Alors que tout le monde se presse vers les plages, le petit monde de l’énergie continue de tourner, les législateurs à légiférer et les régulateurs à réguler. D’ailleurs, pendant que vous vous faites dorer la pillule au soleil une poignée de consultations publiques ont été lancées, avec vos réponses attendues pour septembre 2020. 

 

Afin rendre votre rentrée plus sereine, Ener’Focus se propose de décrypter pour vous 2 consultations dans un numéro “spécial”. La première d’entre elle est la consultation publique relative aux contrats d’électricité à tarification dynamique organisée par la CRE. 

 

Qu’est ce qu’un tarif dynamique? C’est justement la question à laquelle la CRE essaye de répondre car la directive européenne 2019/944 du 5 juin 2019 concernant les règles communes pour le marché intérieur de l’électricité prévoit que « Les États membres veillent à ce que les clients finals qui sont équipés d'un compteur intelligent puissent demander à conclure un contrat d'électricité à tarification dynamique auprès d'au moins un fournisseur et auprès de chaque fournisseur qui a plus de 200 000 clients finals. » Et la DGEC qui étudie actuellement la transposition de cette disposition en France a confié à la CRE le soin de définir la notion de tarification dynamique. 

 

Puisque je suis sympa, j’ai décidé d’aider la CRE dans cette tâche et j’ai transmis une partie de cet article comme ma contribution officielle à la consultation (en tant qu’Alexis Gléron, individu et consommateur d’électricité raccordé en 6kVA). Nous allons donc dans cet article/contribution essayer de décrypter, question après question, ce qu’est et n’est pas un tarif dynamique, à quoi cela sert et à qui cela s’adresse. 


 

Un peu de contexte d’abord. 

 

L’article 11 de la directive 2019/944 impose aux États Membres de donner le droit à tout consommateur équipé d’un compteur intelligent de souscrire un contrat d’électricité à tarification dite « dynamique ». Les fournisseurs de plus de 200 000 clients sont, en outre, obligés de proposer un tel tarif aux consommateurs le désirant.

La directive fournit en sus une définition plutôt claire de ce qu’est un contrat de fourniture d’électricité à tarification dynamique qui est désigné comme « un contrat de fourniture d'électricité conclu entre un fournisseur et un client final qui reflète les variations de prix sur les marchés au comptant, y compris les marchés journaliers et infra journaliers, à des intervalles équivalant au moins à la fréquence du règlement du marché ».

Une tarif dynamique est donc un contrat de fourniture dont le prix de vente l’électricité est indexé sur le prix day-ahead horaire, sur les prix intraday (horaire ou semi horaire) ou à la limite sur les prix du mécanisme d'ajustement (pas semi-horaire). Pourquoi une consultation si la définition est si simple? Et bien le développement de ce genre d’offre est en réalité une mini-révolution en France où ce genre d’offre à destination des particuliers et des petites entreprises est inédite (quelques fournisseurs sont toutefois en train de peaufiner leurs offres pour la fin de l’année). Du coup la DGEC veut être 100% sûre qu’il n’y a pas un moyen de contourner la définition en faisant du neuf avec du vieux (recycler du tarif l’EJP ou du TEMPO par exemple). 

 

Q1- Pourquoi développer la tarification dynamique ? 

 

La tarification dynamique permet au consommateur de payer son électricité à un prix reflétant les conditions du système électrique quasiment en temps réel. Il peut donc adapter finement sa consommation au signal prix, modulant sa consommation en cas de pics ou de creux et réalisant ainsi des économies dans sa facture d’électricité. Se faisant, il permet aussi d’atténuer les contraintes dans le système électrique qui ont générés l’apparition de ces creux/pics de prix. 

 

Dans le cas d’un contrat de fourniture où le prix de l’énergie vendue au consommateur est fixé dès le début de la fourniture, le consommateur ne reçoit pas d’incitation tarifaire à réagir aux conditions du système électrique en temps réel. Au mieux, dans le cadre de tarif avec différents postes horo-saisonniers, il recevra une incitation tarifaire à moduler sa consommation en fonction d’une estimation ex-ante de la distribution temporelle des contraintes du système. En Heures Pleines Hiver par exemple, les contraintes de type Production<Consommation ont une probabilité plus élevée d’apparition, cela ne veut cependant pas dire que chaque Heure Pleine Hiver reflète une contrainte ou que toutes les contraintes se situent en Heure Pleine Hiver, la modulation de consommation qui suivra ce signal aura donc une valeur moindre.

 

Comme l’a bien noté la CRE, le système électrique est en train de muter. La flexibilité apportée par les centrales de production thermiques est en train de disparaître progressivement. Elle doit être remplacée par de nouvelles sources de flexibilité non carbonées. La modulation de la demande est une des rares sources qui soit actuellement accessibles techno-économiquement. Au fur et à mesure que le système électrique se transformera, la valeur de cette flexibilité va croître à la fois pour le système et le consommateur. 

 

Les tarifs dynamiques ne sont cependant pas la seule façon d’exploiter la modulation de la demande. La flexibilité d’un consommateur peut être exploité séparément de son contrat de fourniture par un agrégateur d’effacement (on parle d’effacement explicite vs. effacement implicite/tarifaire). Ce dernier va alors valoriser la modulation sur les réserves organisées par RTE  ou sur les marchés de l’énergie via le dispositif NEBEF et va ensuite en redistribuer une partie au consommateur. Dans le cas de petits consommateurs, les agrégateurs vont se concentrer sur les actions de modulation commandables à distance (contrôle du ballon d’eau chaude, du chauffage, de la charge des VE etc.). Il leur est cependant difficile d’exploiter les actions de modulation manuelles (report du démarrage de l’électroménager, etc.). 

 

Il existe aussi des offres de fourniture à prix fixe où le consommateur permet au fournisseur d’accéder à son potentiel de modulation en échange de réductions (définies ex-ante ou ex-post) sur le prix de son énergie. Ici, le fournisseur soustrait le bénéfice (espéré ou réalisé) de cette flexibilité du coût d’approvisionnement en énergie du consommateur. On peut par exemple imaginer une offre où ’un fournisseur installe gratuitement un thermostat ou un dispositif de contrôle sur le site et reporte automatiquement à distance certaines consommations (chauffage, eau chaude, etc.) des heures de prix élevées au heures de prix basses modifiant ainsi le profil du consommateur. En reflétant le coût d’approvisionnement de ce profil de consommation modifié dans son prix de fourniture, le fournisseur pourra offrir une électricité à un prix final plus faible à son client. 

 

D’ailleurs, je peux mettre ma main à couper que le lancement du coup de pouce thermostat (financé par les CEE) et la nouvelle possibilité pour les fournisseurs de faire payer des frais de résiliation aux sites <36 kVa en cas d’offre de fourniture liée “énergie et équipement” (aussi une mesure liée à la directive 2019/944) va faire éclore ce type d’offre dans un futur proche. 

 

Mais dans tous ces cas, la valeur de la flexibilité est retenue toute ou partie par un acteur tiers, agrégateur ou le fournisseur. Dans le cas de la tarification dynamique, le consommateur peut bénéficier de l'entièreté des gains liés à la modulation automatique de sa consommation et est de plus incité aux actions “manuelles” en cas de signal de prix importants (prix extrêmes).  Même si d’autres solutions contractuelles de développement de la modulation de la demande existent, il est donc important que des offres à prix dynamiques soient accessibles et connues des consommateurs. 


 

Q2- Quels intérêts et risques pour le consommateur ? 

 

Pour comprendre l’intérêt économique pour le consommateur d’un contrat  à tarification dynamique il faut comprendre comment est construit un contrat  à tarification “statique”, soit un contrat à prix fixe. 

 

Tout d’abord, un contrat à prix fixe repose sur une référence de prix de l’électricité issue des marché à terme. Hors, le prix d’un contrat à terme n’est pas égal à la prévision du prix spot sur la période de livraison, il inclut aussi une prime de risque “forward”. Par exemple, le prix du contrat CAL 2021 aujourd’hui n’est pas exactement la meilleure prévision de la moyenne annuelle du prix spot en 2021, il faut ajouter à cette prévision un montant généralement positif (la prime de risque) pour obtenir le prix du contrat  CAL. Cette prime de risque “forward” varie avec les conditions du marché (volatilité, liquidité,etc.). On peut l’estimer en moyenne à 5,10 euros/MWh sur la période 2006-2020. En raison de l'existence de cette prime, les prix à terme sont donc en moyenne supérieurs aux prix spot moyens. 

Prix forward A+1 moyen vs. Prix spot moyen

Pourquoi cette prime de risque ? Le sujet est bien documenté dans la littérature économique, c’est  principalement l’hétérogénéité de l’optionalité dont bénéficie les acteurs sur le marché à terme qui explique ce phénomène. Dit plus simplement, si les producteurs (vendeurs)  trouvent le prix sur le marché à terme trop bas à un moment donné  (prix< à leur coût marginal) ils ont la possibilité de reporter leurs opérations de couverture jusqu’à ce que les prix remontent à un niveau suffisant. Si pour une période donnée, les prix ne remontent jamais à un niveau suffisant (ni à terme ni sur le spot) le producteur à l’option de ne pas produire sur cette période, son revenu sera alors de zéro. Le fournisseur qui s’est engagé sur un prix fixe auprès d’un client doit acheter l’énergie vendue sur le marché à terme au plus proche de la référence de prix utilisée afin de sécuriser sa marge commerciale. S’il ne couvre pas la consommation de son portefeuille en avance car il estime que le prix à terme est trop élevé, il s’expose à un risque financier potentiellement infini car il n’a pas l’option de ne pas livrer ses consommateurs (alors que le producteur à généralement l’option de ne pas produire), il devra acheter tôt ou tard au prix de marché. C’est cette disparité en termes d’optionalité/risque entre producteurs et fournisseurs qui génère une prime de risque en faveur des premiers.  

 

Dans le cas d’un contrat à tarification dynamique, l’énergie est achetée sur le marché spot, ni le fournisseur ni le consommateur ne payent donc de prime de risque “forward”. Il n’y a pas de transfert de risque puisqu'il n’y a pas d’opération de couverture réalisées. 

 

Les offres à prix fixe sont aussi basées sur une estimation du surcoût d’approvisionnement du profil du consommateur par rapport à un profil “plat” (baseload). Ce coût est estimé à partir des coefficients du profil du consommateur publiés par les GRD (sites profilés) ou de sa courbe de charge historique (sites télérelevés). Dans le cas d’une offre à tarification dynamique, le consommateur à  la possibilité de modifier son profil et donc de diminuer son coût d’approvisionnement en décalant une partie de sa consommation des heures de prix élevées à des heures de prix plus faibles réalisant ainsi une économie. 

 

Il est aussi important de noter que l’estimation de ce coût de profil n’est qu’une estimation, réalisée à température moyenne. Puisque la consommation de nombreux sites tend à être corrélée avec les prix de marché (notamment à cause de la thermosensibilité ou des variations macro-économiques), il existe un risque pour le fournisseur. Et ce dernier va donc intégrer une prime de risque afin de tenir compte de cette corrélation dans le coût d’approvisionnement du profil. La CRE évalue cette prime de risque à 2,06 euros/MWh dans le calcul des TRV, dont 0,9 euros en espérance (estimation du risque sans marge commerciale). Dans le cas d’une offre de prix dynamique cette prime de risque n’est pas facturée par le fournisseur, c’est le consommateur qui porte le risque lié à la corrélation entre sa consommation et les prix de marché (0,9 euros/MWh). Il a aussi la possibilité de réduire cette corrélation en essayant de limiter sa consommation durant les périodes de prix élevées .  

 

Enfin, pour les sites -36kVa, le fournisseur a tendance à couvrir la consommation de son portefeuille prévisionnel à long-terme (jusqu’à quelque années dans le futur), achetant de l’énergie pour des sites qui n’ont pas encore rejoint son portefeuille, afin de construire des grilles de prix qui ne varient pas trop fréquemment ou encore répliquer le calcul du TRV. Pour divers raisons (acquisition des consommateurs plus rapide ou lente qu'estimer, switch, etc.) la prévision du portefeuille prévisionnel peut s’avérer fausse. Afin de couvrir ce risque,  le fournisseur intègre une prime de risque dite de portefeuille. La CRE évalue cette prime de risque à 0,34 euros/MWh dans le calcul des TRV. En cas de tarif dynamique,ce risque disparaît purement et simplement puisque le fournisseur n’a plus à réaliser de prévision de long-terme de son portefeuille (aucun transfert puisque le risque n'existe plus).

 

Pour l’ensemble de ces raisons sur une période suffisamment longue, un contrat à prix spot sera toujours plus intéressant financièrement pour le consommateur, et cela même en cas d’absence de modulation de la consommation. Des gains additionnels de plusieurs euros/MWh peuvent bien sûr être réalisés en cas de modulation. 

Disparition et transfert de risque entre contrat prix fixe et dynamique

Quels risques sont attachés à ces gains? Et bien la réponse est un peu plus compliquée qu’il y paraît. 

 

Pour les consommateurs résidentiels et tertiaires (on exclut ici les consommateurs dont le prix de l’énergie représente une part importante de leur valeur ajoutée et qui font face à une autre typologie de risque), le risque d’une offre dynamique est essentiellement lié au fait que la corrélation positive entre consommation et prix spot peut accroître le budget alloué à l'électricité de manière imprévue. Le consommateur ayant un revenu fixe et un coût variable de l’énergie peut en effet éprouver des contraintes de trésorerie (dépenses>revenu) durant certaines périodes si ce coût représente une part importante de son revenu. En moyenne, le consommateur gagne sur le coût de son énergie mais il peut éprouver des difficultés financières ponctuelles, par exemple en cas d’hiver particulièrement froid poussant à la hausse à la fois sa consommation et les prix spot sur le marché, si son revenu est insuffisant. Dans le cas d’un contrat à prix fixe, il paye en moyenne plus cher, mais limite l’apparition de contraintes financières ponctuelles.

 

C’est une logique essentiellement assurantielle (dois-je m’assurer pour les dommages causé par un accident ou suis-je capable de payer de ma poche quand il survient?) qui est spécifique à chaque consommateur en fonction de son revenu et ses dépenses d’énergie. En retenant toutefois que dans notre cas le choix du consommateur de ne pas “s’assurer” fait diminuer le risque, du fait d’une optionalité supérieure entre le consommateur par rapport au fournisseur (pour continuer le parallèle avec l’assurance, le consommateur non assuré est ici plus prudent ce qui diminue le risque d’accident). 

 

Les offres à tarification dynamiques sont pratiquement sans risque pour les consommateurs résidentiel et professionnels dont le ratio entre la facture d'électricité et le revenu total sur une période mensuelle est faible. Elles sont un peu plus risquées pour les ménages en situation de précarité énergétique. 

 

En termes marketing, les offres à tarification dynamiques sont davantage attractives pour les catégories sociales plus aisés, habitués à l’usage du numérique et sensibles aux questions environnementales. 


 

Q3- Comment doit être informé le consommateur ? 

 

Les consommateurs résidentiels ou professionnels de -36 kVa, intéressés par un contrat à tarification dynamique, doivent avant la souscription de leur contrat :  

  •  pouvoir estimer facilement comment ce type d’offre pourrait impacter leur budget énergie durant certains mois d’hiver, où à la fois leur consommation et les prix de marché sont élevés.

  •  être informé que les économies promises par une offre ne sont en aucune façon garanties et que celles-ci se réalisent “en moyenne” sur une période de contractualisation longue (allant jusqu’à plusieurs années).

L’ensemble de ces informations doit être présent sur le site web du fournisseur et être présenté durant le parcours de souscription du client. Je recommande que la souscription à ce type d’offres ne puissent pas être réalisée uniquement par téléphone. 

 

En sus de ces information pré-contractuelles, un ensemble d’informations doit être disponible au consommateur durant l'exécution du contrat afin que celui-ci puisse moduler sa consommation au bon moment et vérifier ces factures :

  • Les références de prix spot utilisées doivent être accessibles sur le site web/l’application du fournisseur, au moins quelques heures avant l’heure de la livraison de l'électricité.

  • Une alerte e-mail/notification doit être envoyé au consommateur en cas de prix extrêmes (prix <0 ou >100 euros/MWh par exemple)

  • Les références de prix horaires servant à l’établissement d’une facture doivent être accessibles/téléchargeables par le consommateur sur son espace personnel sur une période correspondant au moins à la période de la dernière facture émise.  

 

Q4- Comment recueillir le consentement du consommateur?

 

Le consentement du consommateur peut être recueilli simplement par signature (physique ou électronique) d’un document synthétisant les informations pré-contractuelle de la question 3,  garantissant ainsi que le consommateur à bien compris les termes du contrat et la variabilité des prix associée avec un contrat  à prix dynamiques. 

 

Q5- Existe-t-il des systèmes de tarification dynamique dans d’autres secteurs? 

 

La tarification dynamique est présente partout dans notre quotidien. Surtout dans le domaine des transports (transport aérien, TGV, Uber, etc.) ou encore des plateformes de commerce en ligne. Dans la plupart, des cas cela ne s’accompagne pas de mesures de protection/information des consommateurs particulières. Toutefois dans ces secteurs, les contrats sont généralement de courtes durée (le service ou le produit est livré en une fois) et le consommateur est moins captif que dans le cas de l’électricité. 

 

La comparaison avec les règles encadrant la commercialisation des produits financiers (KYC, DIC, etc.) ne me semble pas adaptée non plus. Un consommateur n’a pas besoin de comprendre le fonctionnement du marché spot pour avoir un contrat à tarification dynamique tout comme il n’a pas besoin de comprendre les marchés à terme pour avoir un contrat à prix fixe. 

 

C’est encore une fois une comparaison avec le secteur de l’assurance qui est la plus pertinente. Afin de comparer le prix de différents contrats d’assurance automobile, au tiers ou multi-risques, le consommateur va tenir compte de la valeur de son véhicule, de sa capacité à payer les réparations en cas d’accident, de son talent pour la conduite et bien sûr des différences entre les deux contrats (prix, franchises, risques couverts,etc.). Il va créer de lui-même une mesure individuelle du risque acceptable et décider quel contrat lui convient le mieux. La même opération est réalisée pour le choix d’un contrat de fourniture. A ce titre, tant que les informations présentées dans la question 3 sont transmises au consommateur, qui pourra faire un choix “éclairé”, il ne semble pas nécessaire d’introduire des mesures additionnelles.  

 

Q6-Pensez-vous qu’une offre qui varie selon quelques postes horo-saisonniers puissent être considéré comme un contrat à tarification dynamique ?

 

Les termes de la directive sont suffisamment clairs. Un contrat à tarification dynamique doit refléter les variations des prix court-terme. Ce n’est pas le cas des tarifs à postes horo-saisonniers.

 

Et cela est vrai quel que soit le nombre de postes horo-saisonniers. Même une offre à prix fixe avec 8760 postes horo-saisonniers (1 pour chaque heure de l’année) serait toujours une offre “statique” du moment que les prix ne reflètent pas les variations réelles des prix court-terme (dans ce cas il reflète celui d’une Hourly Forward Curve estimé ex-ante).

 

Q7-Pensez-vous qu’une offre intégrant des pointes mobiles puisse être considéré comme une offre à tarification dynamique ? 

 

Même si les pointes mobiles ne sont pas connues d’avance, les prix durant ces pointes le sont (ils sont basés encore une fois sur une Hourly Forward Curve et non sur un prix spot). Donc nous ne sommes toujours pas dans une offre à tarification dynamique au sens de la Directive. 

 

A noter que les offres à pointe mobile ne représentent qu’une fraction des avantages économiques présentés en question 1. En effet, il est difficile d’estimer précisément le coût d’approvisionnement en énergie sur les périodes de pointe mobile car, dû à leur nombre limité par an, estimer de façon robuste la distribution des prix spot durant celles-ci est une tâche très délicate. Un fournisseur dans le cadre d’une offre de marché va donc augmenter ses primes de risques afin de couvrir le risque induit par cette erreur d’estimation. 

 

Q8- Quelles caractéristiques devrait avoir un contrat à tarification dynamique? 

 

Le nombre de références de marché et la granularité que l’on peut associer à une offre à tarification dynamique dans la définition de la directive assez restreint. 

 

Les marchés au comptant (spot) couvrent le marché day-ahead (DA) et l’intraday (ID). Si on “étire” un peu la définition de marché spot, on peut intégrer le mécanisme d’ajustement. Toutefois, je déconseillerais personnellement de souscrire un contrat basé sur le prix ID. Contrairement au DA, nous sommes sur un marché peu liquide où une multiplicité de prix existent pour le même pas horaire/semi-horaire. Pour ces raisons, une référence de prix basée les prix ID offrirait l’opportunité au fournisseur de manipuler facilement cette dernière. 

 

Le règlement du marché est d’une heure sur le DA et de 1 heure ou 30 minutes sur l’ID. Le pas du MA et du règlement des écarts est de 30 minutes. Le pas de calcul doit donc être une heure ou 30 minutes selon la référence de prix retenue. 

 

Q9-Est-ce qu’une offre utilisant une référence de marché moyennée sur une période longue est une offre  à tarification dynamique? 

 

Puisque la granularité de l’offre doit correspondre au pas de règlement du marché au comptant la réponse est non.  

 

Il est à noter que si les offres de marchés reposant sur des moyennes mensuelles permettent aux consommateurs de payer moins de prime de risque, elles sont peu incitatives en terme de modulation de consommation. En effet, les capacités de modulations des sites de consommation sont généralement infra-journalières. Un résidentiel par exemple peut décider de repousser le démarrage de sa machine à laver d’une heure ou deux mais pas d’un mois. 

 

Q10- Les offres à tarification dynamique doivent-elles entièrement reposées sur les prix court-terme? 

 

Cette question est un peu plus difficile. En effet, certain consommateurs peuvent désirer des offres hybrides, produisant un signal prix moindre mais dont le budget est plus prévisible. 

 

Et une fois de plus le dispositif ARENH vient compliquer les choses. Puisque le prix de l’ARENH est en moyenne de 2,15 euros/MWh inférieur à la moyenne des prix spot (période 2006-2020), que le dispositif est optionnel (recours que lorsque les prix de marché sont supérieurs au prix ARENH) et intègre des garanties de capacité, il est intéressant économiquement pour le consommateur de l’intégrer à son offre de fourniture.  

 

La définition de la directive ne spécifie pas qu’une offre à tarification dynamique doit suivre à 100% les variations des prix au comptant. Il y a donc ici une liberté d’interprétation. Cette liberté peut aussi permettre aux fournisseurs de se différencier en proposant des offres adaptées à différents types de consommateurs. Toutefois, cela ajoute à la complexité de l’offre pour le consommateur à la fois en terme de comparaison des prix avec les offres concurrentes et de vérification des factures. 

 

Q11-Quelles difficultés les fournisseurs pourraient-ils rencontrer dans la construction d’offres de marché reflétant les variations de prix de marché de court-terme? Identifiez-vous des contraintes opérationnelles? Quel serait le temps de développement de ces offres? 

 

La construction d’une offre à tarification dynamique en elle-même est plus simple que celle d’une offre  à prix fixe. En effet, le fournisseur n’a pas à se soucier de calculer le coût du profil du consommateur ou des primes de risques à appliquer, il doit juste estimer le coût des écarts qui est assez minime (la CRE retient 0,4 centimes/MWh dans le calcul des TRV). Les opérations de marché sont-elles aussi simplifiées. 

 

Par contre pour la facturation, le volume de données utilisé par le fournisseur sera certainement multiplié par 730 (passage d’un index pas mensuel au pas horaire). Ce qui représente des investissements assez significatifs dans les SI de certains fournisseurs. 

 

Les éléments d’informations présentés dans la question 3, peuvent être transmis/mis à disposition sans investissements notables. 

 

Si il est en effet possible de basculer en télérelève sans trop de coûts ou de contraintes l’ensemble des segments de consommateurs, un point d’attention est toutefois la qualité de la courbe de charge associée. En effet, plus la granularité d’une offre est élevée plus les données de comptage doit être valides et complètes. En effet, une erreur de comptage durant une période de prix extrême peut entraîner des déviations importantes dans le coût total de l’énergie du consommateur. En cas de multiplication de ces offres et donc de multiplication des télérelevés sur le segment -36kVA, il faudra s’assurer que les GRD puissent garantir une qualité des données de comptage élevée en M+1.  

 

Il est aussi nécessaire que du moment que des offres à tarification dynamique soit proposées sur le segment des -36kVA, les comparateurs de prix et notamment energie-info.fr soient capables de comparer ces offres entre elles.   

 

Concernant le risque commercial, il est important de noter qu’un nombre important de consommateurs d'électricité ont déjà adopté de telles offres dans différents pays européens. Et il n’y a à priori pas de raisons que le consommateur français d’électricité soit plus idiot ou averse au risque que son confrère européen. Toutefois, la popularité de cette offre chez certains grands fournisseurs qui ont une clientèle très différente du segment de consommateur cité en question 2 peut être moindre et donc les investissement en SI plus longs à rentabiliser.  

©2019 by Ener'Focus.

En continuant votre  navigation sur ce site web vous acceptez ses CGU et sa politique cookies

Les opinions exprimées sur ce site web n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairemment les opinions des employeurs de l'auteur.